L’enfant rêvé

Ce petit garçon a deux ans. Il attend tranquillement dans la file d’attente de la boulangerie en tenant la main de sa maman. Quand vient leur tour il salue la boulangère de la main, sa maman paie et ils repartent avec leur baguette. Quelques pas plus loin l’envie est trop forte, alors il demande « Pain, maman » en tendant sa petite main. Avec un sourire sa maman lui rappelle « Qu’est-ce qu’on dit? » et il répond « Te pais » en tendant plus haut sa petite main. Il obtient son petit morceau avec joie, dit « Meci » croque à pleine dents dans la croûte chaude et ajoute « Huuuummm, ai bon euh pain ».

Ce petit garçon a deux ans. Son papa vient de lui dire qu’il allait prendre une douche, et que lui peut jouer dans sa chambre pendant ce temps. Alors, sans se faire prier, il joue, seul. Bien sur il met un peu de bazar, mélange les Lego et le train en bois, éparpille quelques livres sur le sol. Quand il n’arrive pas a emboiter le cube dans la forme ronde, il pose le jouet plus loin et passe à autre chose. Tant pis, sa chambre est remplie de jouets, il trouve facilement un autre jeu pour s’occuper. Tiens, papa, a fini dans la salle de bain, il n’a même pas vu le temps passer.

Ce petit garçon a deux ans. Ses parents ont prévus de sortir ce soir, un petit resto en amoureux comme ils s’en accordent de temps en temps. Lui, va rester chez Mamie pour la soirée, et ses parents le récupèreront le lendemain. Au moment de dire au revoir il sourit et fait coucou de la main, il souffle quelques bisous dans le vent en direction de la voiture. Quand la porte se referme, il pleure un peu, il n’avait pas envie que ses parents partent après tout. Mamie lui explique qu’il reviendront demain matin, elle fait diversion avec un nouveau ballon, très vite les sanglots s’arrêtent. Le lendemain après une bonne nuit de sommeil, il courre vers ses parents à peine arrivés et leur fait un énorme câlin.

Ce petit garçon a deux ans. C’est l’heure de passer à table, maman l’appelle. Après s’être lavé les mains il s’installe sur sa chaise, un couvert dans chaque main, prêt à faire feu. L’assiette arrive : courgettes poêlées, riz à la tomate et poulet. Il dévore tout à grandes bouchées. Un peu trop vite peut-être, un peu trop précipitamment surtout… il y a du riz partout! Et comme tout ce qui est par terre ne sera pas manger, il tend son assiette avec appétit pour un deuxième service. Il mange ensuite sa tartine de formage, puis son yaourt. Quand il descend de sa chaise son petit ventre est tout rond.

Ce petit garçon a deux ans. Il a un peu mal au ventre, il se tortille et dit d’un air contrit « Caca ». Son papa lui propose « tu veux aller sur le pot? », il répond « Oui ». Branle bas de combat, papa court avec son fils sous le bras vers les cabinets, il sait que dans ses moments là, il n’y a pas une seconde à perdre. Le petit est sur le pot, l’affaire est rapidement réglée, on l’essuie, il tire la chasse en disant au revoir au produit de son intestin, et retourne à ses occupations.

Ce petit garçon a deux ans. Il est l’heure d’aller au lit. Il suit sa maman jusqu’à sa chambre, choisit un livre qu’elle lui lira, tous les deux installés dans le fauteuil. A la fin de l’histoire, maman le dépose dans son lit, allume la berceuse, allume la veilleuse et éteins la lumière. Après un dernier baiser elle lui chuchote à l’oreille « Bonne nuit mon tout petit », elle sort de la chambre et laissant la porte entrebâillée, le petit s’endort déjà.

Ce petit garçon, ces petits garçons, sont bien différents du mien. Ces enfants parfaits à mes yeux, qu’ils aient toutes ces qualités ou bien une seule, me renvoient toujours à l’image imparfaite que j’ai de mon petit garçon. Parfois, quand je les regarde, j’ai envie de crier à l’injustice, de demander un échange, un remboursement. Quand je compare notre situation, mon petit garçon et ses difficultés sur le langage, son besoin permanent de présence, l’impossibilité à le confier à quelqu’un, les repas de petit moineau, le désintérêt total pour la continence et les problèmes d’endormissement j’en viens, coupablement, à rêver de ces petits garçons parfaits.

Et puis, une énième crise parce qu’on ne se comprend pas, me rappelle que moi non plus je ne suis pas parfaite. Et pourtant les câlins de mon petit garçon à moi, ses « Maman » prononcés avec ravissement me font dire que lui ne voit pas mes défauts, que je suis peut-être (pour le moment du moins) parfaite à ses yeux. Comme il accepte mes imperfections, je me dois d’accepter les siennes. Les temps finira bien par les gommer… contrairement aux miennes.

8 réflexions sur “L’enfant rêvé

  1. MadameOurse dit :

    Je me suis demandé ce que tu allais nous dire dans cet article. Mais ce petit garçon que tu racontes il n existe pas !! A 2 ans aucun enfant ne peut être comme cela et correspondre à toutes ces anecdotes. À 2 ans c’est encore le début du langage, pour certains c’est à peine le début de la propreté et idem sur les repas ils passent tout doucement au 100% morceaux il faut leur laisser le temps.
    Crois moi cet enfant la personne ne l’a chez lui.
    Ma petite Ourse va avoir 22 mois. Niveau langage il n’y a jms de phrases encore. La propreté on n’a pas commencé ça ne l intéresse pas. Les repas c’est quand elle a envie… et un peu mieux depuis qu’elle est sur une chaise comme nous, visiblement la chaise haute ne lui convenait plus. Le dodo ça roule.
    Et à cet âge il y a aussi le début de l affirmation de soi. On le voit très bien ici avec l apparition des caprices et crises…
    Il faut pas rêver son enfant enfin du moins moi je te le dis celui que tu racontes j’en suis convaincue il n’existe dans aucune maison.

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    • happysunnybabies dit :

      A toutes non, mais à certaines, au moins une oui (sur l’endormissement notamment, ou la possibilité de les laisser plus de 2 minutes). J’en ai dans mon entourage. Alors forcément je me pose des questions. Quand tout, absolument tout les sujets sont difficiles, c’est vite fatiguant. Et quand on ne voit aucun progrès depuis des mois, c’est inquiétant aussi en tant que parent.

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      • Moineau dit :

        Je pense qu’aucun enfant de 2 ans n’est parfait comme ça. Tous les exemples que tu donnes, je les vis parfois avec mon petit, mais la plupart du temps on est plutôt dans la tempête des émotions. Et une part de moi lui en veut de me prendre autant de temps, souvent au détriment de son grand frère. J’attends avec impatience qu’il grandisse – tout en ayant peur de le faire grandir « de travers ».
        Oui, il y a probablement des enfants plus « faciles » que le tien. Mais des enfants parfaits, non.

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  2. mamanluju dit :

    Alors je te rassure tout de suite : ma fille de 2 ans est en pleine crise en ce moment et c’est compliqué. Elle ne mange rien (excepté des gâteaux, des chips et du jambon… que du bon pour la santé, donc 😉 ), met de plus en plus de temps à s’endormir le soir, se réveille toutes les nuits (et ce depuis plus d’un an, je n’en peux plus !), fait des colères à la moindre contrariété, n’est pas du tout prête à être propre non plus, me colle dès que je suis dans les parages…

    Alors, ça ne va pas beaucoup t’aider, mais dis-toi que tu n’es pas seule ! C’est un âge compliqué, plein de chamboulements pour l’enfant, mais ça passera. Dis-toi que les crises ne te sont jamais destinées, c’est seulement qu’un enfant de cet âge-là ne peut pas surmonter sa frustration autrement. Accroche-toi aux moments positifs et accepte ton fils tel qu’il est.

    Dis-toi aussi que les enfants « parfaits » que tu croises ou que tu vois sur internet ne le sont pas ! Les apparences sont souvent trompeuses. Alors, certes, il y en a certainement des plus faciles que le tien, mais ce n’est tout rose chez personne.

    Quant à ses difficultés de langage, je ne sais pas ce qu’il en est réellement… Mais si tu penses qu’il a vraiment un retard anormal, prends rendez-vous chez une orthophoniste. Personnellement, je connais un petit garçon qui ne parlait pas du tout à l’entrée en maternelle, malgré le fait qu’il grandisse dans une famille qui le sollicitait beaucoup, mais avec quelques séances et des conseils, deux ans après, il parle mieux que mon fils qui a le même âge !

    Je t’envoie plein de courage ! Bises

    Laurène

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